
𐎱𐎠𐎼𐎿
L’Histoire est écrite par les vainqueurs écrivait ce looser de Brasillach. Elle est donc est parfois injuste. Prenons Persépolis par exemple, le nom même par lequel nous connaissons cette ville antique est une insulte faite à sa grandeur : car Persépolis n’est pas son nom. Le nom de cette ville mythique est Pārsa (𐎱𐎠𐎼𐎿) en vieux persan ; Persépolis est sa traduction grecque (Περσέπολις : cité perse). C’est à dire que nous connaissons la capitale de Darius le Grand dans la langue de celui qui la détruisit en 330 av. JC, Alexandre III de Macédoine.
Le motard est un redresseur de tort, il a décidé de rendre son nom à Pārsa. Et de rendre ainsi hommage au Grand Roi qui lança sa construction en 521 av. JC, au Roi des Rois qui fut le premier à avoir utilisé, pour les inscriptions sur les monuments, la langue que nous appelons aujourd’hui Vieux Persan, Darius 1er Hystaspès.


Au fait, Darius s’appelait en fait Dāryuš (𐎭𐎠𐎼𐎹𐎺𐎢𐏁), littéralement "Celui qui soutient le bien", et de 521 à 486 av. JC et il fut Roi des Rois (𐏋 𐏐 𐏋𐎠𐎴𐎠𐎶) de Perse et Pharaon d’Egypte sous le nom de Setoutrê.
Alors Pārsa existait avant Darius, mais c'est lui qui lança en 521 av. JC les grands travaux destinés à en faire la capitale de l'Empire perse et de la dynastie achéménide. Son fils Xercès 1er, puis Artaxercès et ses successeurs les poursuivirent, et certaines pièces archéologiques découvertes sur place (une porte de la salle des 100 colonnes notamment) permettent de penser que 150 ans après la mort de Darius les souverains achéménides continuaient encore d'agrandir et d'embellir les palais.



NOROUZ
Une fois par an, pour la fête du nouvel an (Norouz), les 23 principaux peuples de l’Empire perse (mèdes, babyloniens, assyriens, phéniciens, égyptiens, parthes, indiens, arabes, thraces…) venaient à Pārsa rendre hommage et offrir des présents au souverain achéménide. L’Empire était immense, la diversité des peuples qui le composaient ne l’était pas moins.
Le défilé des délégations suivait un ordre protocolaire et le palais était conçu pour les impressionner : il fallait monter l’escalier monumental à deux volées divergentes, puis passer la porte des nations (ci-contre ce qu'il en reste) et de multiples salles immenses permettant d’accéder au palais et enfin, par l’une des huit énormes doubles portes en pierre, à la salle des 100 colonnes de plus de 20 mètres de hauteur pouvant accueillir paraît-il 10.000 personnes. C’est ici que le Roi des Rois recevait les délégations des nations de l’Empire.




Les voici, les délégations des peuples de l’Empire perse, en tenues traditionnelles, avec leurs cadeaux, elles sont conduites alternativement par un lancier perse (chapeau à pans carrés) et par un lancier mède (chapeau arrondi), et dans quantités de bas-reliefs on voit un perse et un mède se tenir par la main, pourquoi ? Parce que, vers 550 av. JC, quand Cyrus, Roi d'Anshan, a remporté la guerre contre le royaume mède voisin, plus ancien et plus prestigieux que son propre royaume, il l'a absorbé mais a présenté cette absorption comme une union des deux royaumes; d'ailleurs il épargne le roi de Mède déchu (Astyage) qu'il traite avec beaucoup d'égards et épouse même sa fille pour symboliser cette union.
La Perse, c'est officiellement l'union des royaumes d'Anshan et de Médie : Darius, quand il construit Persépolis, prend donc soin, dans toutes les représentations de sa nouvelle capitale, de représenter les soldats d'Anshan et de Médie ensembles, se tenant par la main. Regarde là-dessous par exemple.

Un détail au sujet de Norouz : la fête du nouvel an perse est encore célébrée en Iran pourtant islamisée depuis longtemps, mais aussi un peu partout au Moyen Orient, dans certaines régions de Russie, d’Inde (Cachemire) et de Chine (Qinghai).
Plus de 2500 ans après Darius, l’influence perse n’est pas éteinte…


Là-dessus, c'est la tombe de l'un des Grands Rois de Perse, le motard croit se souvenir qu'il s'agit de celle d'Artaxercès II qui régna pendant 46 ans, de 454 à 358 av. JC, mais il a un doute, c'est peut-être son fils Artaxercès III. En tous cas, il ne s'agit pas de Darius dont la tombe se trouve à quelques kilomètres de là et que, tu penses bien, le motard est allé voir. Bref, tu remarqueras au dessus du Roi l'emblème du dieu Ahura Mazda, le Zoroastrisme étant la religion officielle sous les Achéménides. Ceci dit, le motard écrit ça mais il s'est fait accompagner par une guide sur cet immense site de Persépolis et celle-ci, lorsqu'ils ont échangé sur ce point, a eu une moue dubitative : elle pense qu'il s'agit d'un symbole royal plutôt qu'une représentation du dieu lui-même ; le motard a été un peu surpris car les rois Achéménides avaient d'autres représentations (le lion notamment) et il ignorait que cette représentation divine très connue était contestée, d'autant que cette religion est encore pratiquée de nos jours et que, sur le Temple du Feu de Yazd par exemple, ce symbole du dieu surplombe la façade. La guide était musulmane, l'Islam prohibant toute représentation d'Allah, peut-être s'agit-il de son point de vue de croyante, ou peut-être est-ce le fruit de travaux récents d'historiens, le motard ne sait pas. Il en touchera un mot à la moto éléphant, elle sait certainement de quoi il en retourne, car elle est teutonne.

A propos, il y a dans cette page quelques mots ou expressions en Vieux Persan, parfois en écriture latinisée, parfois en écriture cunéiforme (le titre en écriture cunéiforme signifie, tu l'auras compris, Pārsa, c'est à dire Persépolis). Mais ne commets pas d'impair : si le farsi, c'est à dire le persan moderne, se lit de droite à gauche, comme l'arabe dont il est issu, le Vieux Persan se lit de gauche à droite, comme le français qui n'en est pas issu. Maintenant, tu peux cliquer sur le casque, en bas à droite, et aller remercier le motard qui vient de t'éviter, lors de ton prochain pince-fesse, de passer pour un gland farci.

Le motard à Persépolis, c'était hier mais il rencontre parfois quelques difficultés avec l'Internet en Iran, donc la mise à jour n'intervient que ce soir alors qu'il a déjà quitté Shiraz et qu'il est maintenant à Sushtar qu'il a rallié sous une chaleur de plomb dans le désert et les contreforts des Monts Zagros : le tableau de bord de la moto éléphant n'a à aucun moment affiché une température inférieure à 45° et celle-ci a bien souvent dépassé les 50°. C'est donc un motard fourbu qui est arrivé, après 650km de routes, à Shushtar.
Tiens, voici à quoi ressemblent les Monts Zagros dans la région.



Le nouveau film du Hitchcock des Monts Zagros, c'est encore autre chose : il s'agit d'un court métrage du trajet qui a conduit, à travers le désert, le motard de Yazd à Shiraz il y a quelques jours. Pourquoi un court métrage ? Tu vas comprendre...


Affronter la canicule valait quand même le coup : là-dessus, c'est là où crèchent le motard et la moto éléphant ce soir à Shushtar, ils ont connu pire.

