De Eskişehir à Ephèse
Réveil champêtre ce matin pour le motard. Voilà qui le changes des vieilleries auxquelles il a été confronté depuis un mois, un peu de modernisme design ça fait du bien de temps en temps.


Hélas, cela n'a pas duré car, horreur, voici le tas de vieilleries qui s'est soudain dressé devant les roues de la moto éléphant.

Encore en Turquie, déjà en Grèce, cette ville antique, tu la connais Geek, hein ?
Ἔφεσος

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Voyons, réfléchi, d'abord grecque, puis romaine comme toutes les cités autour de la méditerranée, elles y sont toutes passées à un moment ou un autre, mais tu la connais pour une autre raison cette ville...

Mais oui, Ephèse tu l'as reconnue Geek, tu sais c'est là qu'était le Temple d'Artémis, une des sept merveilles du monde. Alors ce temple en marbre était fabuleux paraît-il, et immense, tu penses, 130 mètres de long sur 70 de large, c'est le Roi Crésus le Lydie qui en a payé la construction en 550 avant JC. Malheureusement, deux siècles plus tard, un cinglé y mis le feu et le temple fut complètement détruit. Et pourquoi cet abruti incendia-t-il le Temple d'Artémis à ton avis ? Pour se rendre célèbre ! Non mais, tu te rends compte, quelle bouse ce type. C'est un ancêtre de JV Placé paraît-il, mais c'est officieux parce qu'à la suite de son forfait le babouin incendiaire fût dûment torturé, puis mis à mort, c'était la moindre des choses, et quand les magistrats de la ville apprirent le motif de son geste ils interdirent de prononcer son nom sous peine de mort. Aujourd'hui, on ne risque plus rien à prononcer son nom bien entendu, mais le motard ne l'écrira pas sur ce site : il a voulu laisser son nom à la postérité, eh bien non !
Alors l'incendie eut lieu le 21 juillet 356 avant le cloué. Pourquoi le motard précise-t-il ceci ? Hmmm ? Tu n'en as pas la moindre idée ? T'es un boulet. Bon, c'est la date de naissance d'Alexandre III de Macédoine. L'incendie du Temple d'Artémis a eu lieu la nuit de la naissance d'Alexandre le Grand ! Lorsque 23 ans plus tard Alexandre passa à Ephèse, la date de l'incendie lui fût révélée et il proposa de reconstruire le temple. Les magistrats de la ville, qui craignaient un peu le personnage, refusèrent en arguant qu'il ne serait pas convenable qu'un dieu édifiât un temple à un autre dieu...
Le temple fût néanmoins reconstruit, mais par la ville d'Ephèse grâce aux contributions de plusieurs cités dont le temple faisait fonction de banque. Cette reconstruction ne dura pas bien longtemps, en quelques siècles Néron passa par là, pillant les œuvres d'art, puis les Goths passèrent aussi, qui le pillèrent à nouveau, puis un tremblement de terre qui l’endommageât et enfin les chrétiens qui, dans un premier temps, le fermèrent (Édit de Théodose de 391) et dans un deuxième temps, en 401 après le cloué, le détruisirent carrément ; c'est une foule hystérique, menée par l’archevêque de Constantinople, Jean Chrysostome, qui procéda à la destruction de cette merveille du monde. Et tiens-toi bien, l'espèce d'archevêque en question est un saint pour les trois Églises (Catholique, Orthodoxe et Copte). Le motard se demande, s'il flanque le feu à la Basilique Saint-Pierre, sera-t-il fait saint ?


Et là, sur la colonne de droite, tu la reconnais ? Mais enfin réfléchis voyons, t'es lent aujourd'hui, cette attitude unique, lascive et dégoulinante, tu y es ? Mais oui, c'est elle, cette péronnelle de Juliette, ah la gourgandine ! Alors Juliette était là en 356 avant le fils de qui tu sais, elle traînait dans Ephèse à la recherche de son Roméo qui s'était tiré de Vérone, déjà, pour fuir ses griffes de louve en furie, c'est son professeur de latin qui, pour s'en débarrasser lui avait assuré que Roméo s'était réfugié là, déguisé en moine bénédictin, tu penses bien qu'elle s'était précipitée en Turquie. Enfin ce n'était pas la Turquie à l'époque mais bon, on s'en fout, on ne va pas faire de la géographie non plus. Donc, celle que les éphédonctonlits (c'est le nom des habitants d'Ephèse, essaye de suivre un peu) appelaient la Grande Sotte (Granda Sotta en grec) courrait tous les jours dans les rues d'Ephèse et se jetait goulûment sur tous les moines bénédictins de passage, leur faisant subir les derniers outrages, ce dont certains se réjouissaient d'ailleurs, et ce qui faisait beaucoup rire les éphédonctonlits. Le problème c'est qu'aucun de ces moines bénédictins ne s'est jamais
révélé être Roméo, et pour cause : malin, le Roméo avait changé son nom en De Nibopin et s'était planqué à Lutèce où il filait le plus parfait amour avec une grosse poissonnière, khmère verte de son état, mais c'est une autre histoire. Toujours est-il qu'un beau jour, cette gourdasse de Juliette en eut assez de d'arracher toutes les robes de bure qui croisaient son chemin et kidnappa un éphédonctonlit qu'elle traîna jusqu'au temple d'Artémis avec l'intention de l'obliger à lui révéler où pouvait bien se cacher son grassouillet de Roméo. Elle lui fit subir des tortures atroces, c'est affreux, et menaça même de lui brûler un appendice que ma Grand Mère, cette sainte femme qui cultivait ses salsifis ici, à Ephèse, m'a rigoureusement défendu de nommer ici, et non ce n'est pas ce que tu penses Geek, tu es vraiment dégoûtant. Bref, la torche que tenait la Grande Sotte lui échappa soudain des mains, mit le feu à Artémis et au malheureux éphédonctonlit qui s'en tira avec de terribles brûlures d'estomac. Accessoirement, cette idiote mit le feu au temple. Et te rends-tu compte Geek, c'est ce pauvre éphédonctonlit qu'on accusa d'avoir incendié le temple ? Résultat de ce désastre, l'éphédonctonlit fut pendu haut et court, la Grande Sotte fila vite fait à Rome où elle rencontra un jeune homme bien sous tout rapport à qui elle tenta de faire avouer où se trouvait son Roméo, le menaça avec une torche, mais le motard te racontera une autre fois la triste histoire de ce pauvre romain, victime lui aussi de la Grande Sotte et de sa torche, tu peux le croire, c'est très injuste ce qui arriva à ce brave Néron.

C'est dur, mais c'est la fin de ce road trip, demain le motard et la moto éléphant rejoignent leurs yachts. Oui, ils en ont plusieurs, ça te défrise ? Ils ont vécu une aventure extraordinaire en traversant ces neuf pays dont l'un, l'Iran, les a sans doute marqué pour toujours : le motard ne s'attendait pas à y rencontrer un peuple dont la gentillesse, l'hospitalité, la joie de vivre, la culture sont sans équivalent. A Massoud, à Karim, à Arash, à Hadir, à Reza, à Jasmin, et à toutes et tous dont je n'ai pas retenu les prénoms, à vous tous qui formez un si grand peuple, à vous mes frères et sœurs iraniens : merci.
Quant au motard, on peut souligner sans hésiter son caractère héroïque : il a tenu un mois. Tu te rends compte Geek ? Un mois. Un mois sans assommer un muezzin.
C'était le motard, en direct d'Ephèse, où il voudrait bien s'allumer une sèche mais n'arrive pas à mettre la main sur ses allumettes.

