
De Ardabil à Qazvin
En regardant cette plage et ces flots, le motard et la moto éléphant se sont fait la même réflexion : celle-là, ils ne l’avaient jamais vue. Ce qu’ils ont devant eux, c’est la Mer Caspienne. Il est toujours émouvant, pour la première fois, de contempler une mer que l’on ne connaissait que de nom et que l’on savait tout juste situer sur une carte de géographie. Ecouter son ressac et, sur cette terre d’Iran, se rappeler que cette mer qui baigne aujourd’hui l’Azerbaïdjan, la Russie, le Kazakhstan, le Turkménistan et donc, l’Iran, fut autrefois, en Perse, une mer intérieure…


Aujourd’hui fut une journée de rencontres. Pas seulement la rencontre d’une mer, la rencontre de personnes : à chaque fois que le motard s’arrête, des gens s’approchent, des jeunes, des vieux, des gamins, des hommes et des femmes et la première question, toujours la même : "Where do you come from ?" Puis s’enchaînent les autres questions : par quels pays es-tu passé pour venir jusqu’ici, combien de kilomètres, quelles villes vas-tu voir… Puis les selfies, les mains sur le cœur, les sourires et les petits cadeaux, le motard est assailli de toutes parts et tout le temps, et lui qui est plutôt réservé, il prend son temps, il répond, il accepte parfois une invitation à venir boire un thé ou un rafraichissement, pas toujours car il faut quand même qu’il avance un peu.

Tiens, à peine venait-il de s’arrêter au bord de la plage que Massoud et son frère ont déboulé de la maison à côté de laquelle il avait posé la moto éléphant. Quelques mots échangés dans un anglais basique, puis l’invitation à venir dans le jardin, face à la mer Caspienne, boire un jus de fruit frais préparé par la maman qui s’est jointe à eux, bientôt suivie par le Baba. L’Iran, l’équipe de France de football, ce village de bord de mer, ce fut un moment d’échange, sais-tu Geek que, d’après le Baba, c’est la première fois qu’ils voyaient un étranger par ici ?
Plus tôt dans la journée, c’est au bord de la route que le motard assoiffé, il a quand même eu 43°, ça chauffe sous le casque, s’est arrêté devant une sorte de gargote et y a demandé un thé ou un café. Pas moyen de se faire comprendre, le tavernier ne parlait pas un mot d’anglais mais, qu’à cela ne tienne, il l’a entrainé vers l’arrière où, sous une espèce de tente ouverte, déjeunaient quatre types dont l’un parlait anglais. Pas moyen de résister, le motard a été obligé de retirer ses pompes pour entrer sous la tente, s’asseoir en tailleur sur les tapis et y partager leur repas : riz safrané, brochettes d’agneau et de volaille, tomates fraiches, des fruits, du thé, le bonheur. Le gars qui parlait anglais traduisait : presque deux heures d’échanges, une bonne humeur et une joie de vivre communicative, même quand l’un d’eux demanda au motard ce qu’il pensait de l’Ayatollah Khomeini et du régime iranien : la réponse en forme d’esquive les fit rire aux éclats, mais leurs commentaires en farsi ne furent pas traduits. En partant, quelques gros yeux lorsque le motard a fait mine de vouloir payer, il n’en a pas été question, puis les selfies et les photos, les iraniens en raffolent.



C'était le motard dont le cœur vibre en Iran, en direct de Qazvin, étape du soir.

